Blogs – Si Roland Barthes était en vie
Je ne vais pas me prêter ici à l’exercice périlleux de l’analyse sémiologique du contenu de quelques blogs : n’est pas Roland Barthes qui veut. Je vais simplement faire le rapprochement entre sa théorie de « la mort de l’auteur » et les innombrables acteurs de la blogosphère.
La « mort de l’auteur »
« La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur »
Pour Barthes, l’auteur disparaît, et donc meurt, au moment même où le lecteur s’approprie son texte. On dit alors qu’il en a « sa propre lecture ».
J’aborde rapidement, ici, l’autre problématique posée par cette théorie : avoir lu « tout Roland Barthes » ne signifie pas « tout connaître de l’homme » mais de l’auteur. Ainsi, l’homme a sans doute brûlé des brouillons qui auraient permis de mieux comprendre l’auteur qui a choisi, quant à lui, de n’éditer que des œuvres terminées (ou qu’il a validées). Ces œuvres validées correspondent donc à l’image que l’homme souhaite donner de l’auteur.
J’espère n’avoir perdu personne.
Revenons à nos blogueurs.
Tout d’abord, et contrairement aux écrivains que Barthes pouvait analyser, il semble que la différence entre l’homme et le blogueur est très mince. Les blogs se veulent très autobiographiques alors que la question qui entoure toujours un roman est : quelle part d’autobiographie (ou d’éléments inspirés par la vie de l’homme) pour quelle part de fiction dans un roman ? Ainsi, on pourrait affirmer, que connaître le blogueur, c’est connaître l’homme (ou l’homme tel qu’il se représente idéalement).
La théorie de la « mort de l’auteur » est plus intéressante. Alors que Barthes considérait l’auteur comme un simple vecteur littéraire dont l’interprétation des écrits était multiple (autant qu’il y a de lecteurs), qu’en est-il des lecteurs de blogs ? Les blogs permettent de mettre en avant d’illustres inconnus, qui n’auraient jamais connu une telle popularité dans les médias dits « traditionnels ». Sans remettre en question la théorie de la mort de l’auteur (les lecteurs interpréteront la fibre littéraire les blogueurs comme ils interpréteraient celle d’auteurs dits classiques), en est-il de même pour la “disparition” de l’auteur devant le lecteur ? A l’évidence, non.
A l’heure de la médiatisation permise par le Web, de la dénonciation de l’individualisation de nos sociétés & du flou qui ne règne pas entre l’homme et le blogueur, il est évident que le blogueur ne meurt pas après l’interprétation du lecteur. Le format très « self-centred » des blogs devrait permettre de ne même pas se poser la question : sans flou entre l’homme et le blogueur, la “mort” du blogueur équivaudrait à une mort de l’homme.
Roland Barthes écrirait probablement aujourd’hui : « La naissance du lecteur doit se payer de la survie du blogueur, dont les yeux (et le nombril) sont rivés à Google Analytics ».
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najat hamid